Imposition d'une ligne éditoriale « loyale et positive » envers le parti, interdiction des sites web étrangers… Xi Jinping reprend en main les médias. Et ne veut plus entendre aucune voix dissonante.

Être la voix du Parti communiste et, surtout, celle du président Xi Jinping : la nouvelle directive du gouvernement chinois ne laisse aucune place à la critique. Surnommé le Canon en raison de ses prises de position tonitruantes sur les questions des droits de l’homme et de la liberté d’expression, le tycoon Ren Zhiqiang vient d’en faire l’amère expérience. Ses railleries concernant la reprise en main des médias par le pouvoir lui valent d’être fustigé et censuré : son blog – 37 millions d’abonnés ! – a été fermé. Lui-même risque d’être tôt ou tard arrêté. Certains le comparent à l’Américain Donald Trump en raison de ses manières provocantes et de sa fortune affichée. « Qui vous a donné le droit de critiquer le parti ? » lui a sèchement lancé l’un des innombrables thuriféraires du pouvoir.

« Les médias doivent travailler à guider l’opinion dans la bonne direction », a expliqué Xi Jinping lors d’une visite très médiatisée au siège de la chaîne publique CCTV. Assis dans le fauteuil du présentateur du journal de 19 heures, le président a dispensé des leçons de journalisme qui, demain, ont toutes chances de devenir la ligne officielle. Nos confrères doivent bénéficier d’une « éducation marxiste » qui les aide à devenir les « diffuseurs des politiques et propositions du parti », les « promoteurs de l’avancement social », les « gardiens de l’égalité et de la justice ». Bref, « les médias doivent soutenir et diffuser la voix principale de la société [entendez : celle du parti], à une époque où celle-ci a tendance à se diversifier et à admettre en son sein des opinions diverses ». La bonne parole a aussitôt été reprise par l’ensemble des journaux, magazines, radios et télévisions d’État.

Bien entendu, cette directive concerne aussi les nouveaux médias. Une manière de contenir un peu plus l’influence occidentale, alors que le web chinois est déjà l’un des plus censurés au monde. Un grand nombre de sites comme Google, Facebook, Instagram, YouTube ou Netflix ne sont pas consultables depuis la Chine. De même, les sites de RFI, du Monde ou du New York Times sont bloqués.

À compter du 10 mars, toute publication étrangère en ligne – livres, cartes, musique, dessins animés, jeux vidéos et autres – sera interdite. Aucune précision n’a été apportée sur la façon dont cette interdiction sera appliquée ni à quels sites elle s’imposera : ceux hébergés sur des serveurs en Chine ou ceux destinés aux internautes chinois ? Elle est en tout cas suffisamment large pour concerner tous ceux qui ne se placeront pas sous le contrôle direct du parti.

Maniant l’art du paradoxe, le président chinois avait expliqué en décembre 2015, lors d’une conférence internationale, que « la censure est nécessaire pour préserver la liberté des internautes ». Traduction : oui à la « souveraineté » des États sur la Toile, non à un web libre et ouvert. « À l’image du monde réel, la liberté et l’ordre sont tous deux nécessaires dans le cyberespace ; la liberté est la finalité de l’ordre et l’ordre est la garantie de la liberté », a encore déclaré le numéro un chinois.

Que traduit ce regain d’autoritarisme sur la scène nationale et internationale ? Certains veulent y voir le signe que l’autorité de Xi est contestée au sein du parti. Les dizaines de milliers d’arrestations pour corruption qui ont eu lieu ces dernières années lui auraient surtout permis d’éliminer ses opposants. Et de radicaliser la dissidence. À quelques mois du renouvellement d’une grande partie du Comité permanent du bureau politique, le président veut montrer qu’il est plus que jamais fermement aux commandes.