Alors que la classe politique ne parvient pas à s’accorder sur un nouveau gouvernement, des milliers de manifestants ont envahi ce samedi le Parlement irakien, à Bagdad.

La crise politique en Irak s’est soudainement aggravée ce samedi lorsque des milliers de manifestants ont envahi le Parlement pour protester contre l’incapacité de la classe politique à s’accorder sur un nouveau gouvernement. Criant, chantant et brandissant des drapeaux irakiens, les protestataires ont pénétré en début d’après-midi dans la Zone verte, le quartier ultra-sécurisé de Bagdad où se trouvent les principales institutions de l’Etat.

« C’est nous qui dirigeons ce pays à présent ! Le temps de la corruption est révolu », a lancé un manifestant, alors que la foule remplissait l’hémicycle. « Vous ne restez pas ici ! Ceci est votre dernier jour dans la Zone verte », a crié un manifestant à des parlementaires. Les forces de sécurité étaient présentes mais ne sont pas intervenues pour empêcher l’entrée des protestataires.
Des mesures ont été immédiatement prises par le gouvernement pour renforcer la sécurité autour de la Zone verte, où sont également implantés les bureaux du Premier ministres et des ambassades dont celle des Etats-Unis.

De leur côté, les manifestants ont placé des barbelés sur une route menant à l’une des sorties du quartier, empêchant certains parlementaires de s’enfuir. Plusieurs véhicules ont été pris pour cible et endommagés.

« Mettre un terme à la corruption et aux quotas »

Les manifestants ont décidé d’envahir la Zone verte, devant laquelle ils s’étaient rassemblés dans la matinée, après avoir appris que les députés avaient de nouveau échoué à approuver la formation d’un gouvernement de technocrates proposé par le Premier ministre Haider al-Abadi.

Et l’agitation a débuté quelques minutes après une conférence de presse de Moqtada Sadr dans la ville sainte chiite de Najaf. Le chef religieux chiite a vivement condamné l’impasse politique sans toutefois ordonner à ses partisans d’entrer dans la Zone verte.

Les hommes politiques « ont refusé de mettre un terme à la corruption et aux quotas », a dénoncé Moqtada Sadr. Il a affirmé que ses partisans et lui-même ne participeraient à « aucun processus politique dans lequel il y a une quelconque sorte (...) de quotas sur les partis ». Les postes clés au gouvernement sont depuis des années partagés sur la base de quotas politiques et sectaires, une pratique avec laquelle les manifestants veulent en finir.

Les Etats-Unis inquiets

Moqtada Abadi, un élu chiite arrivé au pouvoir en septembre 2014, tente depuis des semaines de faire approuver par le Parlement une équipe gouvernementale composée de technocrates. Cette dernière pourra, selon lui, mener de manière plus efficace des réformes cruciales pour lutter contre la corruption.

Mais un certain nombre de politiciens redoutent la disparition de l’attribution des ministères sur une base politique qui leur assurait de nombreux avantages. Mardi, les députés avaient approuvé une partie des candidats proposés lors d’une séance houleuse qui a vu des parlementaires jeter des bouteilles en direction du Premier ministre.

Cette crise est suivie avec inquiétude par les Etats-Unis qui craignent qu’elle « ne détourne » les autorités de la lutte contre l’EI « qui constitue « la véritable menace » pour les Irakiens, selon un haut responsable américain. Des appels à la raison ont ainsi récemment été lancés par le vice-président Joe Biden et le chef de la diplomatie John Kerry au cours de visites à Bagdad.

Les Etats-Unis mènent la coalition internationale qui, avec des bombardements aériens quotidiens, soutient les offensives des forces irakiennes pour reconquérir les territoires aux mains de l’EI, dont la deuxième ville du pays Mossoul. La crise politique s’ajoute aux difficultés économiques liées à l’impact de la chute des prix du brut sur le budget de l’Etat irakien.