Quelques heures après la diffusion d'une vidéo montrant l'assassinat de 21 Egyptiens de confession chrétienne copte par l'Etat islamique, l'Egypte a annoncé que son aviation avait bombardé des positions du groupe djihadiste en Libye.

L'opération armée visait des camps, des sites d'entraînement et des arsenaux de la branche libyenne de l'EI situés à proximité de la frontière, selon les militaires égyptiens, pour qui il s'agit de « venger l'effusion de sang et punir les assassins. Il faut que chacun sache que les Egyptiens ont un bouclier qui les protège ». 

François Hollande et le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, qui se retrouvent lundi pour officialiser la vente d'avions Rafale, demandent une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies et « de nouvelles mesures » contre l'EI. Le chef de la diplomatie égyptienne, Sameh Shoukry, a annoncé qu'il se rendrait au sommet contre le terrorisme, mercredi à Washington, pour demander une « intervention ferme » et internationale. Il a notamment demandé la participation de la coalition formée à l'initiative des Etats-Unis pour combattre l'EI en Syrie et en Irak.

Après la diffusion de la vidéo, Le Caire a annoncé un deuil national de sept jours et Abdel Fattah Al-Sissi a convoqué d'urgence le Conseil national de la défense. Le président avait annoncé que son pays « se réserv[ait] le droit de répliquer de la manière et au moment adéquats » à cette tragédie.

C'est la première fois que l'Egypte reconnaît publiquement avoir mené une attaque sur le territoire libyen, où les milices islamistes et le gouvernement se battent depuis près d'un an. Le Caire avait été accusé en 2014 d'avoir mené des frappes similaires, mais avait alors nié. Des responsables américains avaient affirmé que les Emirats arabes unis avaient mené ces frappes en utilisant des bases militaires égyptiennes.

L'aviation libyenne a confirmé avoir participé aux attaques, bombardant notamment Derna, une ville contrôlée par les islamistes, située dans l'est du pays. Dans un entretien téléphonique accordé à la chaîne de télévision Al-Arabiya, Saker Al-Djorouchi, qui commande les forces aériennes libyennes, a déclaré « d'autres frappes aériennes seront menées aujourd'hui et demain en coordination avec l'Egypte ».

Dans un autre entretien, accordé à la télévision d'Etat égyptienne, il a annoncé que les frappes de ses forces aériennes avaient tué 40 à 50 combattants islamistes, détruit des réserves de munitions et des centres de communications. Deux responsables libyens, s'exprimant de façon anonyme, ont quant à eux indiqué que trois enfants et deux femmes ont été tués par les bombardements. 

Le chercheur Romain Caillet a diffusé lundi matin sur son compte Twitter des images de ces bombardements.

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La Libye est écartelée entre deux coalitions armées auxquelles s'ajoutent des groupes déclarant leur affiliation à l'EI.

Fajr Libya (« aube de la Libye »). Elle rallie des brigades se réclamant de la révolution de 2011 – majoritairement issues de la ville de Misrata –, des islamistes de toutes tendances. Cette coalition maintient aussi des alliances délicates avec des groupes de la sphère djihadiste, comme Ansar Al-Charia, proche d'Al-Qaida et très présent sur le plus dur des fronts, à Benghazi.
La coalition du général Khalifa Haftar. Elle rassemble plusieurs factions et brigades révolutionnaires, comme celles de Zinten, mais aussi d'anciens militaires fidèles à Mouammar Kadhafi. Elle assure faire la guerre aux « terroristes », aux côtés de l'embryon de l'Armée nationale libyenne (ANL).

Les groupes déclarant leur affiliation à l'EI en Libye. Ils se sont multipliés depuis la fin 2014, profitant des faiblesses et contradictions des groupes armés et factions politiques qui s'affrontent. Mais ils sont encore à la marge. A ce jour, ils n'ont qu'une implantation géographique claire : Derna, la ville attaquée par l'Egypte, où le Majlis Choura Chabab Al-Islam (Conseil consultatif de la jeunesse islamique) a établi une administration locale avant de formaliser son allégeance à l'EI en novembre. D'autres groupes de la même tendance ont revendiqué des actions ailleurs dans le pays, notamment à Tripoli, courant janvier. Ils sont soupçonnés d'avoir mené une attaque dans le désert de Syrte contre un champ pétrolier de Mabrouk, et d'autres dans la vaste zone désertique coincée entre l'arrière-pays, au sud de Syrte, et la région de Sebha, aux mains de Fajr Libya.