L’année du centenaire de l’occupation américaine, Haïti se retrouve comme au début du XXe siècle incapable de régler seule ses affaires. D’ici le lundi 12 janvier, c’est, encore une fois, les diplomates des Etats-Unis d’Amérique qui arrêteront du sort de notre pays en pesant de tout leur poids sur le cours des événements. Cela ne signifie pas que les Haïtiens ne sont pas maîtres de leur destin, simplement, comme en 1915, ils sont incapables de s’entendre sur le minimum vital indispensable à la bonne marche de la nation et de l’Etat.

En décidant de comprendre que Michel Martelly a tout fait pour éviter que le chaos institutionnel s’installe en menant de bonne foi les dernières négociations, le Département d’Etat américain encouragera le président à constater l’inopérabilité du Parlement et le monde entier prendra acte. Cela permettra au président Martelly de finir son mandat en douceur, même sous haute surveillance.
En partageant l’avis des partis politiques de l’opposition et des parlementaires de l’aile radicale qui n’acceptent pas les garanties offertes, les renoncements et engagements annoncés par Michel Martelly comme étant des preuves suffisantes de sa bonne volonté, les Américains précipiteront les évènements, ce qui peut conduire à une fin écourtée du mandat de Tèt Kale.

Les USA et la communauté internationale peuvent aussi renvoyer dos à dos les belligérants et forcer les acteurs à s’entendre sur le minimum d’ici fin janvier. Dans un tel scénario, un accord politique permettrait de raccourcir les délais et procédures pour sortir de la crise. Une option serait aussi de permettre au président de prendre deux ou trois décrets pour aller aux élections tout en donnant des gages aux fractions de l’opposition qui souhaitent jouer le jeu démocratique.

Toutes les options sont possibles. La rue ne peut rien imposer d’ici le 12 janvier et l’exécutif ne peut se permettre de passer en force. Aujourd’hui, tous les camps tirent sur la corde. Ils espèrent que, le 12 janvier, le Blanc sera de leur côté. Qui sait où sera le Blanc ce jour-là?

Pendant toute la fin du XIXe siècle et le début du XXe, les politiciens haïtiens ont tout fait pour avoir de leur côté les puissances étrangères. En ce temps-là, on offrait les îles adjacentes, le Môle-St-Nicolas, le contrôle de nos douanes. Une occupation (1915-1934), trois interventions américaines (1994, 2004, 2010) et deux longues missions de l’ONU plus tard, dirigeants et opposants n’ont plus de monnaie d’échange, ils espèrent simplement que, sous la loupe des amis d’Haïti, ils auront l’air assez convenables pour avoir l’appui des puissants. Cela réduit les marges de manœuvre et pourtant faire filer droit un animal politique en Haïti est tout aussi compliqué que prévoir quand un séisme frappera à nouveau sous nos pieds.

Cette fin de semaine, en plus de penser à nos chers disparus de janvier 2010, il nous faudra aussi penser à la disparition continue du bon sens et du sens du bien public aussi bien dans les rangs de l’opposition que dans les rangs de ceux qui nous gouvernent. Le bilan d’Haïti, cinq ans après le séisme et les dernières élections, est pitoyable.
La longue crise préélectorale, dont on espère le dénouement dans un sens ou dans l’autre dans les heures qui viennent, n’est que la prémisse de la crise électorale à venir et de celle d’après les élections quand immanquablement les résultats seront contestés.

Les choses étant ce qu'elles sont… comme aimait le dire le général et homme d’Etat français Charles de Gaulle, étonnez-nous, pour une fois, Messieurs !

Frantz Duval